Le carton du receveur était encore ouvert sur le carrelage froid, et le laser dessinait une ligne rouge sur le mur de la salle de bain. Chez Leroy Merlin La Riche, j’avais payé ce niveau 47 euros, presque par prudence. Je l’ai sorti juste avant de poser la pièce, et la ligne a révélé la pente inversée. J’ai été frappée par ce silence net dans la pièce. Au début, j’ai cru que poser le receveur serait la formalité du chantier ; j’ai compris que je me trompais dès la première ligne au laser. J’ai gardé ce réflexe de noter chaque millimètre.
Au départ, je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait
Au départ, je suis partie avec une idée très simple. Une douche, un receveur, du carrelage neuf, et trois semaines sans dérive. Mes deux enfants passaient devant le couloir avec leurs cartables, et je comptais les jours comme on compte les lessives.
Je n’avais pas envie d’un chantier livré à moitié. J’avais regardé des vidéos le soir, après le dîner, et j’étais sûre de moi. Sur le terrain, j’ai vite compris que ces vidéos ne remplaçaient ni la pente, ni le niveau, ni les imprévus.
Le premier jour, le carrelage ancien sonnait creux quand je le tapotais avec le manche du marteau. Dès les premières plaques, il est parti par morceaux, avec une poussière grise qui collait aux poignets. Derrière la baignoire, l’odeur de moisi m’a saisie, et le placo hydrofuge au pied était gonflé.
J’ai ouvert le coffrage en pensant trouver un simple raccord sale. À la place, j’ai vu des murs pas d’équerre et des angles qui mentaient à l’œil. J’ai compris trop vite que je n’étais pas au bout de mes surprises.
Le mastic qui débordait autour du siphon avait jauni. Quand j’ai tiré l’ancien receveur, un petit glouglou a répondu dans la tuyauterie. Ce bruit m’a inquiétée davantage que le désordre visible, parce qu’il disait déjà que l’évacuation fatiguait.
Je me suis retrouvée à travailler avec un mètre pliant dans une main et une lampe frontale de l’autre. Les repères au crayon se mélangeaient à la poussière, et je notais tout sur un carton de livraison froissé. En rentrant, je suis rentrée lessivée, les genoux blancs et les cheveux sentant le plâtre.
Le jour où j’ai sorti le niveau laser et découvert que tout était à refaire
Le jour où j’ai posé le receveur, j’ai senti que le bord gauche descendait trop vite. J’ai calé, reculé, puis reposé la main au même endroit. Au bout de 12 minutes, le doute a pris toute la place.
J’ai sorti le niveau laser par précaution, puis j’ai laissé le trait rouge courir sur la bonde. Le verdict était net. Sur 1,20 mètre, la pente partait à contre-sens sur 6 millimètres. À l’œil, cela paraissait plat. Au laser, cela condamnait l’écoulement.
Je me suis retrouvée avec une contre-pente minuscule, mais suffisante pour faire stagner l’eau autour de la bonde. J’ai versé un demi-verre d’eau, et le bord a gardé une trace luisante. Les traces de calcaire autour de la sortie ne trompaient déjà plus.
J’ai démonté le calage le soir même. Ce choix m’a coûté une journée et 214 euros de mortier, de raccords et de petites pièces oubliées au fond du seau. Comme si cela ne suffisait pas, la paroi livrée ce matin-là avait un coin éclaté dans le carton.
En dessous, le PVC tenait avec des manchons de récupération et du mastic. Le montage avait l’air de tenir, puis il a glissé d’un coup entre mes doigts. J’ai pris cela comme un avertissement, pas comme une coïncidence.
J’ai appelé mon mari pour qu’il tienne la pièce pendant que je regardais la pente. Nous avons parlé à voix basse, comme si la salle de bain pouvait nous entendre. J’ai fini par lâcher l’affaire pour la pose du jour.
Ce soir-là, j’ai compris qu’un millimètre mal placé coûte plus cher qu’un mur fatigué. J’avais cru gagner du temps. J’avais surtout gagné une démolition.
J’ai relu mes traits au feutre, puis je les ai pris en photo avant de tout refermer. Cette habitude m’a évitée une erreur bête plus tard, quand un angle a bougé de 2 millimètres après séchage. Sans image, j’aurais douté de ma propre mesure.
Trois semaines de chantier entre galères, surprises et petites victoires
La première semaine, j’ai cassé le vieux carrelage à la masse et au burin. Le mortier partait en poussière, et chaque plaque levée découvrait un peu plus le bricolage du dessous. L’évacuation en PVC tenait avec des manchons de récupération et du mastic gris. J’ai passé une heure entière à gratter cette pâte collée au tube.
Sous la baignoire, le placo hydrofuge gonflé racontait une infiltration ancienne. L’odeur de moisi montait dès que j’ouvrais le coffrage. Ce jour-là, j’ai compris qu’un mur propre en surface peut mentir pendant des années.
J’ai repris le raccord avec un coude neuf et un vrai collage propre. Rien n’était rapide. Entre la coupe, le ponçage, le nettoyage et le remontage, j’ai perdu 4 heures pour une seule liaison.
La deuxième semaine, j’ai reposé le receveur bien à plat, cette fois sous le laser. J’ai attendu 48 heures avant d’aller plus loin. Ce temps m’a rendue nerveuse, parce qu’on a vite l’impression de ne rien faire quand tout sèche.
Pendant cette attente, j’ai vérifié la bande d’étanchéité dans les angles douche et sol. Elle disparaît une fois finie, mais je la voyais encore sous mes doigts, fine et collante. C’est le genre de détail invisible qui me rassure maintenant.
La troisième semaine, la faïence m’a donné du fil à retordre. Les murs n’étaient pas droits, et la première rangée a demandé une coupe de 8 millimètres côté fenêtre. J’ai posé le joint silicone trop tôt sur un support encore humide, et il a blanchi deux jours plus tard.
J’ai dû l’arracher, nettoyer la poussière, puis recommencer en patientant davantage. Là, je me suis réellement énervée. Pas terrible. Vraiment pas terrible.
La petite victoire est venue quand la douche a enfin bien évacué. L’eau filait vers la bonde sans traîner, et le siphon n’a plus fait ce glouglou qui m’agaçait. J’ai passé la paume sur les joints réguliers, et la pièce a changé de visage.
Le soir, mes deux enfants ont jeté un œil avant que le couloir ne se referme sur la poussière. Ils ont trouvé la pièce plus claire, alors qu’il restait encore des sacs au sol. Ce détail m’a fait sourire, parce que la transformation apparaissait déjà à hauteur d’enfant.
Ce qui a marché, ce qui a coincé
J’aurais dû vérifier l’état du support avant de commander la moindre coupe. Le placo hydrofuge gonflé au pied de la baignoire m’a montré qu’une trace d’humidité ne se devine pas au hasard. J’ai appris à regarder le détail qui dépasse du décor.
Le niveau laser est devenu mon outil le plus simple. À l’œil nu, j’aurais laissé passer 4 millimètres de travers, et l’eau se serait mise à tourner autour de la bonde. Le jour où j’ai vu la ligne rouge basculer du mauvais côté, j’ai compris qu’un receveur ne pardonne rien.
J’avais hésité entre un caniveau et un receveur. J’ai gardé le receveur, parce que je ne voulais pas reprendre toute la plomberie. Pour le dernier raccord, j’ai demandé à un plombier de vérifier ce que je ne voulais pas bricoler seule.
Depuis, je prends des photos de chaque raccord avant de refermer. Je laisse aussi une trappe de visite près du siphon, parce qu’un coffrage fermé trop vite devient une punition. Je prévois enfin 24 heures entre deux couches, et je pousse à 48 heures quand la pièce reste fraîche.
Le soir où j’ai découvert le mur noirci derrière la baignoire, j’ai posé le marteau et je suis restée assise par terre dix minutes. J’ai été convaincue qu’il valait mieux recommencer proprement que masquer la tôle froissée d’un chantier pressé. J’ai fini par reprendre le burin, mais avec moins d’orgueil.
Le glouglou dans le siphon m’a servi d’alarme discrète. Avant, je le trouvais presque charmant. Après, je l’ai pris comme un signal qui mérite qu’on s’arrête tout de suite.
J’ai aussi gardé du carrelage en marge, avec les cartons de référence. Une seule coupe manquante peut faire courir d’un magasin à l’autre pour une série arrêtée. Je n’avais pas envie de rejouer cette course.
Mon bilan personnel après ces trois semaines et deux imprévus
Au bout de ces trois semaines, j’étais surtout fatiguée. La poussière s’est glissée dans les rainures des chaussures, et j’ai passé deux soirées à laver le couloir. Mais j’ai aussi eu cette satisfaction très simple de voir l’eau filer droit, sans flaque au bord.
Je referais sans hésiter le contrôle au niveau laser. Je ne referais pas les joints silicone trop vite, ni le geste trop confiant qui fait perdre 1 journée entière pour un séchage bâclé. J’ai aussi retenu qu’un chantier propre au premier regard peut cacher une évacuation mal née.
Les 21 jours annoncés ont frôlé la quatrième semaine. Je comprends maintenant pourquoi une reprise d’étanchéité ou d’évacuation rallonge vite le calendrier à 28 jours, par moments 35. Chez moi, les reprises m’ont coûté 286 euros et un seul temps de séchage mal respecté a encore grignoté une journée.
Quand je passe maintenant devant Brico Dépôt Chambray-lès-Tours, je regarde les receveurs autrement. Quelques millimètres de pente mal contrôlée suffisent à transformer une douche en piscine miniature, et je l’ai vécu sur mes genoux, en plein hiver. De mon côté, ce chantier m’a surtout appris à vérifier, patienter et recommencer sans me raconter d’histoires.



